Comme groupe de simples citoyens, l'association POLE NORD a été mise, au fil de ces différentes étapes, devant des responsabilités complexes, en particulier celle, à partir de 1996, de gérer l'héritage - à contre-courant - des découvertes sur Jean-Paul Marat : édition complète de ses Œuvres politiques et collection des «Chantiers Marat», mais aussi de tenir compte de l'évolution sociale récente.
Le chemin parcouru a donc conduit à refaire un bilan qui tienne compte de tous les facteurs comme des résistances rencontrées.
POLE NORD prend pour point de départ un mouvement de dissolution et de scepticisme qui suit les événements de 1968. Le groupe se fixe pour objectif de dégager une tendance qui permette de reconstruire les fondements d'une attitude politique responsable.
Dans la question de cette attitude, POLE NORD a placé au centre la défense d'une conception historique, qui percerait le «moment moderne». Le premier personnage fétiche est Faust, en tant qu'expression privilégiée du processus contradictoire de la modernité. De Faust au héros moderne, on passe des contradictions de cet homme qui entre dans l'histoire en lâchant les amarres et est «damné», à un personnage condamné à l'impuissance et qui in fine renoue avec le passé, en le déformant et en servant bientôt de nouveaux maîtres.
Nos travaux nous ont éloignés une fois pour toutes d'une approche de l'histoire par paliers «progressifs», où au Moyen Age barbare succéderait la «Renaissance», où à l'Ancien Régime, porteur de tous les maux, se substituerait un règne de «Lumières», etc.
Certes l'histoire humaine présente des tournants, des changements profonds. Les rapports entre les sociétés et leurs gouvernements, les enjeux politiques se modifient. Mais le cœur de notre devenir humain, la question de la vie, de la vitalité, de la liberté politique des sujets de l'Histoire, habitants de cette curieuse planète, reste posée à toutes les époques.
Au moment où nous traitons la question d'une implication sincère et désintéressée dans le mouvement social à travers la personnalité de George Orwell, quand nous abordons les thèmes de l'argent avec une tentative d'analyser le mouvement de la valeur et celui du divorce entre le dire et le faire de ceux qui dirigent les Etats contemporains, et surtout quand nous affrontons cette mise à l'écart très spécifique d'une personnalité comme Marat, «esprit politique» centré justement sur la théorie de la contre-révolution, nous ressentons plus qu'un malaise dans notre actuelle civilisation.
Nous requérons alors de l'aide - Le premier Bilan - pour approfondir ces questions en toute autonomie, mais nous nous heurtons surtout à la critique et à la critique-critique, celle que de tels travaux entretiendront la confusion, qu'il vaut mieux s'en remettre à des experts, que le mal est trop profond, etc.
Certaines réactions sont opportunes, parce que nombre d'intellectuels, qui ont quitté le terrain du commun des mortels, développent de subtiles justifications à leur abandon.
Mais d'autres doivent être écartées, parce qu'il FAUT éprouver, réfléchir et analyser pour pouvoir agir. Et aussi parce qu'il faut parfois aller jusqu'au bout du découragement pour perdre des illusions.
Mais qu'est-ce donc qui n'est pas du tout compris ou ne peut pas l'être ?
Petit à petit, une nouvelle orientation prend corps dans notre réflexion collective. Elle résulte de la mise bout à bout de différents constats et nous plonge de plus en plus loin dans la question des freins mis à la formation politique des citoyens.
Tout au long de son parcours, POLE NORD a dénoncé maintes fois la puissance de «l'opinion», car l'opinion, c'est l'immédiat, les choses telles qu'elles nous frappent, une perception de la réalité qui s'offre sans détours, bref le règne de la mystification. Mais en avons-nous réellement tiré les conséquences en 2007?
Et si notre impuissance concernait justement le mécanisme de dépérissement de ce que nous avions dénommé ces «bulles de liberté» qui ont bel et bien existé ?
Et si nous ne comprenions pas encore avec assez de lucidité que la partie se perd quand l'oppression se met à parler le langage de la liberté et que, sous ce masque bienveillant, elle est en fait d'autant plus forte et omniprésente.
A ce moment-là, le pouvoir est d'autant plus monolithique, qu'il se vante de ses divisions.
A ce moment-là, l'absolu de l'information, la dictature de l'actualité, coupent de toute formation.
Former un pôle d'intervention, héritier d'une tradition, devient illusoire, la puissance de la dissolution est telle que tous les mots sont pipés.
Or, au fil des décennies, les stratégies empêchant la maturation de l'esprit politique et de la liberté se sont complexifiées : dans certains cas, on laisse simplement dépérir les initiatives de formation, dans d'autres cas, on les assiège très tôt, dans d'autres cas encore, on anticipe sur tout mouvement pouvant encourager leur maturation et surtout, on cantonne les vitalités dans des secteurs qui ne concerneront jamais à un véritable contrôle du pouvoir, sous prétexte que celui-ci reste inaccessible.
Mais si nous voyons clairement ces stratégies...
Fin 2007, quelques membres de POLE NORD,
anciens et nouveaux,
décident de créer ce site : metavolution.org,
afin de fixer la trajectoire parcourue
et de se «polariser» sur une toute nouvelle recherche
à laquelle ils ont donné comme dénomination
L'ENIGME DU POUVOIR