Une nouvelle animation va bientôt mobiliser les énergies.
Elle est consacrée à une approche historique de la psychanalyse et intitulée
Il n'est pas évident d'expliciter les raisons qui ont conduit POLE NORD à passer d'une réflexion sur les contradictions de l'homme moderne et sa relation à la politique, d'une analyse sur cette tentative de mutation historique que fut la Révolution française, à un travail sur la psychanalyse.
Avec le recul, une des causes sous-jacentes se trouve certainement dans la difficulté qui a été rappelée dans le PREMIER BILAN : pourquoi peu «d'esprits libres» mettent-ils leur intelligence et leur sensibilité - sans contrepartie matérielle - au service d'une réflexion en profondeur sur l'énigme de la détresse humaine, sociale et politique?
Il était évident que le projet paraissait hors normes, mais il était évident aussi que certaines difficultés relevaient des questions de dynamique des groupes, de questions liées aux questions de pouvoir. Une lecture très stimulante, celle du livre de W. R. Bion, Recherches sur les petits groupes, constitua une étape décisive pour encourager une aventure publique sur la psychanalyse. Même si cette lecture ne répondait pas directement à la question de la désaffection encore patente concernant le projet global, elle donnait des indications précieuses sur les résistances inconscientes et elle valorisait le groupe de travail, susceptible, dans certaines circonstances, de lever des résistances.
Une autre raison venait de l'intérêt porté à la question de la spécificité du psychisme humain et de ses connexions avec la sphère sociale, questions qui n'avaient pas laissé indifférent le père de la psychanalyse. En d'autres termes, notre hypothèse de la «possibilité» d'une orientation dans le sens de la maturation et de la liberté politiques tenait-elle la route ou nous replongeait-elle à notre insu dans l'utopie? L'approche de cette question en liaison à différents textes de Freud avait fait l'objet d'une réflexion, mais insuffisante peut-être.
Différents travaux avaient amené à bien différencier la vie de l'individu humain de celle d'une société, sans nier bien sûr les interactions entre ces deux niveaux. En effet, l'organisation sociale aide ou non les individus humains à se développer, tout comme, à un autre niveau, la famille aide ou non l'enfant à grandir et à mûrir. Cela dépend. Et dans tous les cas, une approche plus fine de la spécificité du psychisme humain est utile. En effet, les humains sont pleins de ressources, mais très compliqués.
Freud est opposé aux conceptions «idéalistes» : Pour lui, l'homme n'est pas «bon» par nature et la civilisation basée comme l'entendent, par exemple, les tenants des «Lumières» sur la «raison» et la «bonne gouvernance» ne sont pas nécessairement «le bien le plus précieux que nous puissions acquérir».
Mais même si Freud se veut sans illusions sur la pulsion destructrice humaine, il ne se permettra jamais de conclure, comme l'a fait un philosophe comme Thomas Hobbes que «L'homme est un loup pour l'homme» en toutes circonstances.
Freud attaque l'idéalisme des religions comme celui des «Lumières» sur un point très particulier : ni les unes, ni les autres ne prennent franchement en compte la culpabilité et le malheur qui résultent des mauvaises autorités exercées sur le psychisme pour contrer l'agressivité de nature, que ce soient des autorités trop répressives ou trop permissives. Il plaide pour la reconnaissance ouverte de notre agressivité comme de la culpabilité dans le développement historique afin d'éviter ce «Malaise dans la civilisation» qui peut faire tant de dégâts.
Cette question autant que celle qui concerne l'Etat moderne - et on a pu mesurera à quel point ces deux interrogations peuvent être connectées - restent largement ouvertes et se retrouveront au cœur de la réflexion sur L'ENIGME DU POUVOIR.