Après de longues discussions, les protagonistes de POLE NORD entérinent, avec regret, l’impossibilité d’aborder avec le grand public les événements majeurs du début du XXe siècle :
la Première Guerre mondiale et la Révolution russe.
Bien qu’intimement convaincus que l’histoire prend à ce moment un tournant décisif qui change en profondeur l’organisation de nos sociétés, ils ressentent que rien, absolument rien ne permet de sortir utilement des polémiques infinies qui entourent ces sujets.
Ceux-ci restent donc «à l’étude».
Par contre, à quelques années du bicentenaire de la Révolution française, il semble possible, en amont, de travailler ce thème et de le présenter au public pour nourrir une réflexion sur les tendances politiques qui s’affirment à cette époque et qui imprègnent toujours les courants les plus contemporains.
Synthèse des discussions sur le choix du sujet
La concrétisation du projet soulève immédiatement de nombreuses questions. Partirons-nous de la situation en Belgique? Nous appuierons-nous, par exemple, sur le journal de Camille Desmoulins Révolutions de France et de Brabant? Par ailleurs, les Musées Royaux des Beaux-Arts possèdent un des chefs-d’œuvre du peintre Jacques-Louis David, Marat assassiné. David lui-même, exilé, a vécu à Bruxelles jusqu’à sa mort. Enfin, la Bibliothèque Royale de Belgique propose de belles collections de Journaux, dont ceux de Jean-Paul Marat que nous connaissons mal.
L’idée est adoptée de nous appuyer sur les journaux de l’époque, afin de rendre vivant le parcours de l’exposition et de restituer l’ambiance du temps. Ceux qui sont disponibles à Bruxelles sont mis en lecture et, assez vite, ce sont ceux de Marat qui retiennent l’attention et la curiosité par leur continuité, leur tonalité et des documents inespérés : courrier de lecteurs, comptes-rendus réguliers des assemblées… Les travaux des spécialistes de la presse révolutionnaire – même ceux qui sont peu favorables aux conceptions de Marat - sont consultés, et cette consultation confirme que les journaux de Marat sont exceptionnels et d’une grande «modernité».
Ainsi s’opère la rencontre de POLE NORD avec L’Ami du peuple. Nous misons donc sur un personnage (presque) inconnu pour parler de cette période-clé de notre histoire. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises : ce que nous apprenons sur cette époque correspond assez peu avec ce que nous en savions précédemment. De plus, la légende qui entoure Marat, en qui nous reconnaissons un esprit éminemment «politique», est au moins aussi dense que celle qui entoure Marx. Décidément, que d’interrogations !
L’exposition «A Marat, la Révolution française» connaîtra un grand succès et accueillera des milliers de visiteurs et des dizaines et des dizaines de groupes. Elle sera assortie de deux montages audio-visuels puis d’un spectacle «L’Ami du peuple» qui fera une tournée en Belgique et en France.