Métavolution















Articles de presse

Communiqué à la presse (1990)

Des chercheurs belges découvrent en Grande-Bretagne un important manuscrit de Jean-Paul Marat : La collection complète de son journal L'Ami du peuple, corrigée de sa main, en vue d'une réédition

Au moment de sa mort, en 1793, Marat préparait la réédition de son journal. Il corrigeait, annotait et complétait sa collection personnelle.
C'est cette collection que Jacques De Cock et Charlotte Goëtz, les chercheurs belges de l'association Pôle Nord, viennent de découvrir dans les trésors d'une collection privée britannique.

Dès lors, l'édition des Œuvres politiques 1789-1793 de Jean-Paul Marat, dont le premier volume a été édité par Pôle Nord à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, va pouvoir bénéficier de cet apport décisif.

Un peu d'histoire...
A la mort de Marat, en juillet 1793, un inventaire de ses papiers est dressé, les documents d'intérêt public vont au Comité de sûreté générale, les ouvrages et manuscrits sont légués à Simonne Evrard, sa compagne, connue dès ce moment sous le nom de veuve Marat.

Un an plus tard, Simonne Evrard annonce un projet d'édition des Œuvres Politiques de Marat : «Cette édition aura donc, dit le Prospectus, outre l'avantage de ne contenir que ce qui est vraiment sorti de la plume de Marat et de n'être plus confondue avec les fausses productions, celui d'être augmentée d'un grand nombre de notes et de remarques et celui d'être rétablie dans sa première intégrité. Chacun sait, et Marat l'a lui-même annoncé, que ses numéros ont souvent été tronqués, altérés, falsifiés par des mains infidèles, auxquelles il était obligé de confier son manuscrit pour le faire imprimer...».

Dans cet extrait, Simonne Evrard fait une allusion directe au fait qu'elle possède bien la collection de L'Ami du peuple, corrigée par Marat. A ce moment, elle vit à Paris, rue de la Barillerie, près du Palais de Justice, avec la sœur de Marat, Albertine-Charlotte. Poursuivies sous Thermidor, les deux femmes ne pourront pas mener à terme l'édition projetée. Un seul volume paraîtra, le Plan de législation criminelle.

Que devient la collection du Journal?
Après la mort de Simonne, Albertine Marat sera de plus en plus sollicitée par les historiens et les collectionneurs qui, vers 1815-1820, commencent à s'intéresser aux documents révolutionnaires, en voie de disparition. Elle recevra ainsi la visite du collectionneur Albert Maurin, qui formera la plus étonnante collection de documents en tous genres sur la période..., de l'ex-ministre anglais John Wilson Croker, dont les French Revolutionary Tracts, maintenant à la Brisitsh Library, sont, après celle de la Bibliothèque Nationale la plus belle collection au monde. Le socialiste François-Vincent Raspail fut aussi du nombre des visiteurs d'Albertine.

Soit nécessité - car elle vit très modestement, sinon misérablement, de la fabrication d'aiguilles de montres - soit inquiétude de voir ces manuscrits perdus - car elle a plus de soixante-dix ans - Albertine cède imprimés et manuscrits à quelques-uns de ses visiteurs. Commence alors la longue errance de manuscrits de Marat.

Un roman de jeunesse, Les Aventures du jeune comte Potowski, est transmis par affection à un étudiant. Saisi par la police de Louis-Philippe, ce manuscrit se retrouve quelques années plus tard chez un collectionneur. Il sera publié en feuilleton dans Le Siècle en 1847, juste après la mort d'Albertine!

La collection de L'Ami du peuple connaît, elle, un double destin.
Un cahier d'une centaine de pages, comprenant des numéros non publiés, principalement d'octobre-novembre 1789, passe des mains du colonel Maurin dans celles du comte de La Bédoyère et est, à la mort de ce dernier, racheté par la Bibliothèque Nationale. Ce cahier - dont l'existence est connue des historiens depuis les années 1920 - est édité et explicité pour la première fois dans le tome I de l'édition en cours (Pôle Nord, 1989).

La collection du Journal corrigée par Marat échoit au jeune historien français Nicolas Villiaumé (1818-1877) qui s'était engagé devant Albertine à la rééditer. Il la fait relier en 12 volumes. En 1859, il s'en dessaisira d'une manière vénale, peu à sa gloire. Et ces 12 volumes se mettent alors à transiter de collection en collection, passant même un moment dans celle du prince Eugène Napoléon... Des négociations avec la Bibliothèque Nationale et avec la Ville de Paris n'aboutiront pas, malgré quelques appels dont la presse de l'époque se fait l'écho.
En 1885, les volumes sont vendus aux enchères et, dira une coupure de presse, «adjugés à un M. Borrany, pour l'Amérique». En réalité, ils s'agissait de la Grande-Bretagne...
Tout Marat serait-il donc en Grande-Bretagne?
Le principal historien et bibliographe de Marat, François Chèvremont essaya, à la fin de sa vie, de transmettre aux bibliothèques françaises sa propre collection (plus de trente volumes d'imprimés et la seule collection complète des Affiches de Marat...) N'ayant pas réussi à susciter leur intérêt, il dut se résoudre à léguer sa collection à la British Library.

La découverte
C'est par un travail de recoupements, une véritable enquête à la Sherlock Holmes que les chercheurs de POLE NORD ont retrouvé la piste. Grâce à la collaboration efficace et originale d'un bibliothécaire britannique, ils ont pu consulter la totalité de la collection corrigée par Marat.
Jacques De Cock et Charlotte Goëtz sont formels : il s'agit bien du plus important ensemble de documents manuscrits de Marat connu à ce jour.

 

Jean-Paul Marat : Œuvres Politiques 1789-1793
Edition établie par Jacques De Cock et Charlotte Goëtz
RTBF - Belgique - Emission Champ libre - 1990 (extrait)

Une première édition des Œuvres Politiques de Jean-Paul Marat est actuellement en cours à Bruxelles, aux éditions POLE NORD, animées par Charlotte Goëtz et Jacques De Cock. [...] Les découvertes et le travail de nos deux chercheurs belges sont proprement surprenants. Ils remettent en question l'image traditionnelle du Marat «énergumène», extrémiste et irresponsable. C'est ainsi que le tome II des Œuvres Politiques - qui couvre la période de février 1790 à août de la même année - aborde la vaste question des «faux Marat» : plus de 140 numéros de L'Ami du Peuple, tous apocryphes, œuvres de falsificateurs qui opèrent de la mi-février au début du mois de mai 1790.

L'entreprise d'édition, en clarifiant les données historiques, aboutit presque fatalement à réhabiliter Marat, le révolutionnaire maudit. Il faut bien reconnaître en effet que jusqu'ici l'historiographie de droite - mais aussi de gauche - n'a jamais été tendre avec Marat. Que l'insulte et la haine aient entraîné un historien comme Michelet à conclure à la nullité théorique de sa pensée est sans doute aujourd'hui l'injustice la plus difficile à corriger. Même Jaurès ne cite Marat que pour insister sur le caractère puéril de ses théories, sur l'impuissance dans laquelle il se débat. [...]
A la fin, cette unanimité ne pouvait qu'aiguiser la curiosité. Reste à savoir par quels cheminements la recherche allait être entraînée vers cette «formidable souveraineté symbolique».
(Jean-Michel Minon)

 

Une importante découverte de chercheurs belges
Marat revu et corrigé par lui-même
Le Soir - Belgique - 29 mai 1990 (extraits)

Deux cents ans après sa mort - et grâce à deux chercheurs belges - la pensée de Marat, l'Ami du peuple, va enfin être rétablie dans son intégrité.

Au moment de sa mort, en juillet 1793, Marat préparait la réédition de son journal ; il corrigeait, annotait et complétait sa collection personnelle. C'est cette collection que Jacques De Cock et Charlotte Goëtz, les chercheurs belges de l'association POLE NORD viennent de découvrir dans les trésors d'une collection privée britannique.
Dès lors, l'édition des Œuvres Politiques 1789-1793 de Jean-Paul Marat, dont le premier volume a été édité par POLE NORD à l'occasion du Bicentenaire, va pouvoir bénéficier de cet apport décisif.

Dans les biographies, dans les diverses histoires de la Révolution française, la rumeur raconte que Marat, au moment de tomber sous le couteau de Charlotte Corday, travaillait sur d'anciens numéros de L'Ami du peuple. Personne n'a jamais, évidemment, pu produire de documents authentifiant le fait. Mais on a mis en vente, fait circuler plusieurs numéros tachés du sang de Marat, tous de juillet-août 1792. Si tous ces numéros ensanglantés sont le tribut de la légende, il reste que la date, elle, n'est pas erronée, puisque l'Ami du peuple a bien interrompu sa révision à ce moment, ce que prouve la découverte de nos chercheurs.

Il serait trop long de retracer le cheminement qui a conduit le plus gros des œuvres de Marat... en Grande-Bretagne. Disons seulement que c'est le peu d'intérêt montré par les bibliothèques publiques françaises, et singulièrement par la Bibliothèque Nationale, qui a conduit cette masse d'écrits dans les mains de collectionneurs privés anglais ainsi qu'à la British Library. Aussi est-ce par un travail de recoupements patient, une véritable enquête à la Sherlock Holmes que les chercheurs de POLE NORD ont retrouvé la piste des textes qu'ils convoitaient... et celle de l'aimable - et anonyme - collectionneur anglais qui a autorisé l'exploitation de sa collection à des fins scientifiques. Dès le tome 2, qui paraîtra cet été, l'édition des Œuvres Politiques donnera donc le texte corrigé, revu et augmenté par Marat lui-même.

L'ouvrage bénéficiera ainsi d'apports de toutes sortes. La collection de L'Ami du peuple constitue en effet un document de tout premier plan qui, par les corrections, précisions, additions qu'elle contient, contribue à rétablir la pensée de Marat dans son intégralité et son intégrité.
Des corrections d'abord. Marat faisant justice d'innombrables coquilles et réintégrant de multiples errata. Des additions ensuite, car l'auteur a inséré entre les numéros de son journal des pages manuscrites avec des suites inédites de certains articles, des notes complémentaires précisant sa pensée etc. Enfin, il indique en marge les passages qu'il considère les plus importants, signale l'impact qu'ont pu avoir certains de ses numéros, sélectionne, par l'indication «Mon histoire», les passages qu'il destinait à un manuscrit en chantier qui n'était rien moins qu'une « Histoire de la Révolution ».

Nos chercheurs auront eu droit, en prime, à quelques belles surprises, notamment dans le douzième volume, où sont rassemblés une série de pamphlets de Marat, un des plus beaux textes de ce dernier, encore entièrement corrigé de sa main, l'Appel à la Nation du 15 février 1790, qui ouvrira le tome 2 des Œuvres Politiques.

Onbekend werk van Franse Revolutionnair
Belgen ontdekken manuskripten van Marat
De Morgen - België - 9 mei 1990

Twee Belgische onderzoekers hebben zopas in Groot-Britannië een belangrijk geheel van manuskripten ontdekt van Jean-Paul Marat, de omstreden politicus die met zijn vinnnige polemieken bekommentarieerde en extreem-linkse stellingen verdedigde en in 1793 tenslotte in zijn bad neergestoken werd.

De 12 volumes, een volledige verzameling van zijn krant L'Ami du peuple die Marat zelf met het oog op een heruitgave aan het verbeteren en het aanvullen was, is nu in handen van een Britse verzamelaar die anoniem wenst te blijven.

Jacques De Cock en Charlotte Goëtz van de vereniging POLE NORD en Club d'Etudes sur la Révolution française (Goëtz stelde zich ook burgerlijke partij tegen de stad Brussel toen die het lijk van de schilder David naar Parijs wilde overbrengen) willen met deze spectaculaire vondst de uitgave van een tweede bundel van de Œuvres Politiques 1789-1793 van Marat aanvullen. Naar aanleiding van de 200ste verjaardag van de Franse revolutie verscheen reeds een eerste deel. Het betreft een heruitgave die Marat, en na zijn dood ook zijn gezellin, wensten.

Uit de inventaris van zijn bezittingen onmiddelijk na zijn dood is gebleken dat Marat ook die geschriften in zijn bezit had. Deze dokumenten geraakten, na de dood van zijn zuster, verspreid en zijn onder meer in Britisch Library terechtgekomen waar bovendien de enige volledige kollektie van aanplakbijletten van Marat wordt bewaard.

In de Bibliothèque Nationale van Parijs wordt ook een reeks verbeterde drukwerken van Marat bewaard en uit de vergelijking van voormelde twee manuskripten blijkt dat deze nieuwe vondst van manueel verbeterde drukwerken een historisch belang heeft. Het betreft in totaal 4.000 pagina's. De krant L'Ami du peuple werd immers onder moeilijke omstandigheden gedrukt en uit de verschillende kollekties in verschillende inktkleuren blijkt, dat Marat een nauwgezet en beheerst auteur is geweest die bovendien trouw bleef aan zijn visies en denkbeelden.


Marat and Violence

Oeuvres Politiques 1789-1793 - Ten volumes
Edited by Jacques De Cock and Charlotte Goëtz

Les Chaînes de l'Esclavage (1793) - The Chains of Slavery (1774)
Edited by Charlotte Goëtz and Jacques De Cock

The Times Literary Supplement - London - October 6 - 1995 (extracts)

However he has been posthumously portrayed (as the pallid martyr of Jacques-Louis David's painting, serenely accepting that the price of liberty may sometimes be death ; or the baleful lunatic of modern theatre, nihilistic in his conviction that popular sovereignty means that anything goes ; or more recently, as the vengeful hack whose vicious pen did so much to make 1789 altogether consequentially benign than 1776), Jean-Paul Marat has always stood for the unacceptable face of the French Revolution. It is not too difficult to see why.

In some circumstances, he wrote, it may be necessary to train the people to shake off the yoke of morality, in order to forestall any misgivings it may have when it comes to shattering the yoke of tyranny. Since abuses arise in even the well most ordered of states, there will be times when the people will have to obey an « energetic feeling » which, intermittently, will override all others. That imperative feeling is the need for self-preservation. It is embodied in the maxim «salus populi suprema est lex», a maxim which, Marat wrote, is prior to all morality and justice, «sanctifying» whatever may be necessary for its execution. To preserve itself, a people may have to suspend «the empire of laws and social justice» and, «by an immediate act of sovereignty, exterminate those abuses that threaten its survival».

Even e fairly short selection of dicta like this makes it hard not to notice that there may have been something rather deliberate and purposeful in the purges, trials and executions which, 200 years on, still make the Terror an archetype of later, more industrially sophisticated, forms of human carnage. But, as several of his contemporaries noticed, many of Marat's more bloodcurdling pronouncements echoed (if they did not simply repeat) the political recommendations of the sixteenth-century Florentine republican Niccolo Machiavelli. Liquidating the enemies of liberty in republican France amounted to applying Machiavelli's about what to do with the sons of Brutus in the more capacious and socially diverse setting of a large, territorial state. This combination of ancient republicanism in a modern European state has always made the Jacobin terror something of conundrum. If Marat was odd, his oddness has less to do with his effortless ability to damn himself as an apologist of republican Realpolitik than with the fact that the place in which he acquired so much authority and power was not Rome in the age of the Gracchi, but France in the late eighteenth century. It has always been somewhat baffling that the culture that gave us Jean-Baptiste Greuze could also have given us Jean-Paul Marat.
Put like that, the question is probably unanswerable (and may serve only to generate vague of ruminations about the Enlightenment and his relationship to the Third Reich, the Soviet Union or modernity tout court).

But Marat himself provided some clues about his political and intellectual provenance. Many of them can now be gleaned from the ten-volume collection of everything that he published between 1789 and 1793, edited by Charlotte Goëtz and Jacques De Cock and supplemented by a separate volume containing a very skilfully laid-out parallel edition of the English (1774) and French (1793) versions of his Chains of Slavery. This edition is bound to be the starting-point for any attempt to make sense of Marat. It is, however, confined to what he produced during the period of the Revolution itself, and, although it may be a little churlich to complain when so much devotion has obviously been lavished on this edition, Marat often repeated that he had made up his mind about politics well before he settled into his role of censor of the crimes and misdemeanours of the great and powerful, first with Le Publiciste parisien and then, famously, as L'Ami du peuple. In this respect, he was certainly right. Even this collection contains enough to show that everything he advocated in 1792 and 1793 was already there in 1789.

Marat was surprisingly indifferent to the institution of monarchy and unmoved by the existence of noble titles (warning that their abolition in June 1790 was a needless provocation). He condemned the National Assembly's decision to confiscate and sell off the property of the Church to fund the state's debts, arguing that the land in question would be better used to meet the needs of the propertyless poor, who, he argued, were meant to be the original beneficiaries of the charitable bequests which the Church had accumulated. He opposed the abolition of guilds, warning that unlimited competition would force down producers' incomes and the quality of products. He expressed warm admiration for the system of defensive fortification devised by the Marquis de Montalembert (like Marat, a strong advocate of the rights of «plebeians», in opposition to the sleaze he associated with Marie-Antoinette and the royal court), arguing that its adoption would make it possible to cut the size of the regular army by half, leaving the first line of defence to a national militia made up of members of the national guard. All this makes it seem that Marat's republicanism was a system consisting of a familiar mixture of popular sovereignty, honest industry, moderate prosperity, a meritocratic hierarchy of ranks, a patriot king and a common concern for the public good.

If that was all there was, it would be easy enough to position Marat on the outer fringes of a tradition of republican moralism which took its cue from the works of James Harrington (if not Machiavelli himself) and, in the eighteenth century, found expression in an abiding French interest in the political thought of Henry St John, Viscount Bolingbroke, and the Newcastle divine John Brown, acquiring its greatest local resonance in the works of Condillac's brother, the abbé Gabriel Bonnot de Mably (for whom Brown's work was more «profound» than anything else he knew). But although Marat seems to have had some regard for Mably (commenting that if there had to be a Pantheon for the remains of great men, then he, along with Sully, Belsunce, Catinat, Villars and Montesquieu would be better fitted for the honour than the younger Mirabeau or Voltaire), and may have come across Brown's works during the time he spent in Newcastle in the 1760s (where he wrote The Chains of Slavery), he diverged very sharply from them in his characterization of the nature and purpose of a political society.

Unlike Mably (or Brown), Marat did not think that the purpose of government was to curb and contain some of the more unprepossessing features of human nature by building as strong a set of checking mechanisms into the relationship between rulers and ruled as was feasible, in order to salvage something of the originally altruistic and benevolent motives underpinning human society from the ravages generated by property, increasing population and social inequality.
Marat flatly denied that human beings are naturally benevolent or «sociable». In the draft of a Declaration of the Rights of Man which he offered to the National Assembly in August 1789, he began by stating that «every man at birth brings into the world his needs, a capacity to meet them, to reproduce, a constant desire for happiness and a limitless love of himself, an imperious sentiment upon which hangs the preservation of the human race, but which is also a fertile source of quarrels, fights, violence, outrage and murder, in short, off all the disorders which seems to disturb the order of nature and really do disturb the order of society».

He had written exactly the same thing (in almost the same words) in his first published work, A Philosophical Essay on Man (not included in this edition), which appeared in 1773 and then in a three-volume translation entitled De l'Homme, published in Amsterdam in 1775. This bleak rejection of natural human benevolence placed Marat on the same side as the two political philosophers whose work he repeatedly invoked, Montesquieu and Rousseau. But Marat went much further than either of them in denying any altruistic motivation in human association, claiming, contrary to Rousseau, that even pity was not a natural human sentiment. It could not, therefore, be used as the starting-point of a system of political obligation able simultaneously to generate the social virtues and preserve as much of original human independence as possible. Human society, according to Marat, was the product of a powerful instinctive drive for self-preservation, making any society's chances of survival dependant of his capacity to meet the needs of all its inhabitants in full, all the time. Raising the stakes so high made Marat's republicanism a case of unity or bust.

At first sight, this seems rather strange. Preserving everybody's capacity to preserve themselves while preventing anyone else is not exactly an eccentric objective. But, as Marat emphasized in The Chains of Slavery, combining this objective with the republican model of government which best fitted natural human independence called for guaranteed property rights and constant civic vigilance. Without them, the instinctive human preference for life over death would force the propertyless into dependence on those who supplied them with the means to live, generating cycle upon cycle of social and political violence.
The Chains of Slavery was simply a chronicle of this grim process, taking its cue from Rousseau's second Discourse and reinforcing its argument by postulating an instinctive drive for self-preservation as the motor of human history. A nation, wrote Marat in a note of his Offrande à la patrie, his first contribution to revolutionary politics, is like a «terrible lion». It had to be tamed, not mastered. Each of its members had a right to be fed, clothed, housed and to raise and establish its children decently. By ruling out any other durable mechanism of peaceful human association, Marat's version of republicanism implied politics all the way down. L'Ami du peuple was simply this very stark theory put into practice.

Calling what Marat published between 1789 and 1793 political theory (rather than political invective) may perhaps stretch the imagination. But, as even The Chains of Slavery shows, his invective was grounded on more than mere spite. By placing so much emphasis on human society as a mechanism designed to underpin an instinctive drive for self-preservation, Marat seems to have drawn on his medical background to produce a much more naturalistic version of Rousseau's social contract. If self-love was the only natural human feeling (even if it was complemented intermittently by the love that women show towards their children) and reasoned understanding was necessarily the product of experience and reflection, then a great deal of the original work of making human beings the creatures that they are had, as Marat emphasized in De l'Homme, to be done by instinct. A just society was simply one that allowed the instinctive human drive for self-preservation to coexist alongside that of others.

Like almost all of his contemporaries, Marat acknowledged that he did not know what instinct was, noting only that it belonged to the area of human (and animal) behaviour generated involuntarily by the nervous and muscular systems. The physical (or chemical) causes of these involuntary motions, and the relationship between them and the immaterial entity that is the human mind, were, Marat stressed, all unknown. But since they were the key to the human capacity for survival, understanding how they worked was unlikely to have been a matter of small importance. From this perspective, Marat's interest in the rather weird ideas of Franz Anton Mesmer, the Austrian natural scientist who claimed to have discovered an immaterial fluid which, his admirers claimed, involuntarily generated the social capacities which make a species a species (animal magnetism), seems to fit his otherwise highly sceptical view of human nature. Seen in the context of the significance which Marat attached to involuntary human behaviour, mesmerism looks rather less like a curiosity and seems, instead, to have been one product of where the mainstream of eighteenth-century thinking about the fundamental properties of human nature had begun to move in the wake of the great controversies about the human capacity for society generated by the political thought of Hobbes, Montesquieu and Rousseau. Making sense of Marat may, finally, only by building on the early work of Robert Darnton and others to get to a better substantive understanding of the common ground between natural philosophy and political thought in late eighteenth-century France.

This edition is bound to be the starting-point of any investigation into the constituents parts of the odd political compound which Marat created. The 6.500 pages of his own repetitive prose have been matched by some 2.000 pages of contemporary evidence about, and comments on, his career as a political journalist, pamphleteer and member of the Convention, making this collection one of the very available guides to what (despite the avalanche of publications commemorating the bicentenary of 1789) still remains the terra incognita of late eighteenth-century French political thought. Somewhat astonishingly. Marat now joins Robespierre and Saint-Just as one of the only three major political figures of the French Revolution whose speeches and pamphlets have been collected together into a single modern (twentieth-century) edition. Anyone wanting to find out what might have been at stake in 1789 or there-after is like a student of seventeenth-century British politics seeking guidance from (with all due respect) the collected works of Gerard Winstanley or John Bunyan rather than those of Thomas Hobbes or John Locke. One day, perhaps, the published and unpublished works of such major political thinkers as Emmanuel Joseph Sieyès and Condorcet (not to mention those of Barnave, Thouret, Brissot or Roederer, or any of dozens of other less well-known political pamphleteers) might be given the same treatment as, heroically, but rather mysteriously, has been lavished on Jean-Paul Marat.
(Michaël Sonenscher)


Jean-Paul Marat : Œuvres Politiques 1789-1793
Edition établie par Jacques De Cock et Charlotte Goëtz
La Quinzaine littéraire - Paris -1995 (extraits)

Désormais on dispose d'une édition scrupuleusement chronologique des 685 numéros de L'Ami du Peuple, des 242 du Journal et du Publiciste de la Révolution Française outre les articles dispersés, les pamphlets, placards et discours divers prononcés à la Convention comme aux Jacobins. Cette quête poursuivie à travers toute l'Europe a impliqué aussi bien le recours à des manuscrits restés inédits qu'aux comptes-rendus épars et contradictoires au sein de la masse des journaux de l'époque dont 56 ont été systématiquement dépouillés.
L'outil est remarquable car maniable (nous pensons aux 225 pages d'index des noms de personnes, de lieux et d'ouvrages mentionnés et identifiés avec le plus grand soin) et il s'accompagne de 2.200 pages d'un Guide de lecture qui permet de suivre les controverses, les textes auxquels Marat répond, parfois les classiques de l'historiographie quand elle s'est emparée de tel ou tel élément. On prend aussi connaissance de la correspondance de Marat, car son réseau d'informateurs participe pleinement du travail du «publiciste».
(Maïté Bouissy)


Jean-Paul Marat : Œuvres Politiques 1789-1793
Edition établie par Jacques De Cock et Charlotte Goëtz
Nouvelle Revue neuchâteloise, n° 39 (Suisse) - 1993 (extraits)

Figure riche et complexe, Marat attend ainsi, depuis deux siècles, d'être re-connu, re-situé, au-delà des clichés, des récupérations politiques abusives.
Les conditions d'une « réhabilitation» sont peut-être réunies aujourd'hui grâce à l'acharnement de deux chercheurs belges - Charlotte Goëtz et Jacques De Cock - qui explorent depuis quelques années dans ses moindres recoins le continent Marat. Ils se sont attaché en particulier à la lourde tâche d'éditer ses Œuvres Politiques. Les historiens disposeront de la collection complète des journaux, pamphlets, affiches, correspondances et discours. La publication du plus célèbre des journaux, L'Ami du Peuple, s'appuie sur la redécouverte en Ecosse de la collection du journal ayant appartenu à Marat et largement annotée de sa main. L'édition n'est pas limitée à la publication des seuls textes. Ceux-ci sont reliés au contexte qui les a fait naître à l'aide de documents d'archives ou tirés des journaux de l'époque. [...]
Cette édition monumentale sera incontournable pour tous ceux qui prétendront évoquer l'homme politique.
(Michel Schlup)

Jean-Paul Marat : Œuvres Politiques 1789-1793
Edition établie par Jacques De Cock et Charlotte Goëtz
L'Hebdo - Neuchâtel (Suisse) - 1995 (extraits)

Boudé lors des manifestations du Bicentenaire, l'Ami du Peuple n'a pas dit son dernier mot. Ce mois, douze volumes du journal que Marat publia presque quotidiennement, de 1789 à 1792, sont mis en vente chez Sotheby's, à Londres, tandis que ses Œuvres Politiques sont éditées à Bruxelles. Jamais les écrits de Marat n'ont fait l'objet d'une telle publication scientifique.
[...] Tous les documents retrouvés en Ecosse jettent une lumière nouvelle sur le personnage, et, à travers lui, sur le mouvement révolutionnaire dont il fut le vigile de 1789 à sa mort. Contrariée par des erreurs typographiques et par la censure, l'édition originale du journal ne convenait plus au célèbre tribun qui prévoyait une réédition. Découverte providentielle pour les deux chercheurs belges de l'association POLE NORD, à Bruxelles, qui ont entrepris l'édition scientifique complète des œuvres politiques de Marat [...]
(Jean-Bernard Vuillème)

Jean-Paul Marat
Les Chaînes de l'Esclavage - The Chains of Slavery
Présentation par Charlotte Goëtz et Jacques De Cock
Studi Francesi - Italia - 1997 (extraits)

Se la storiografia della rivoluzione francese puo contare su alculi «dantonisti» et molti «robespierresti», è appurato che non esiste nessun «maratista». [...]
Il processo anti-Marat si è svolto molto prima della sua morte, su intervento dei girondini che lo indirono nell'aprile del 1793. Insieme a Luigi XVI, Marat è l'unico a meritarsi l'appello nominale, i voti e i commenti sfavorevoli dell'intera Convenzione. Dalla virtù patriotica alla pazzia furiosa, il repertorio che i posteri continueranno a citare si è formato molto presto. Ancora oggi nei confronti di Marat prevale un sentimento di generale ostilità che assume colorazioni assai diverse : ironia, silenzi, attacchi diretti o velati. Ne sanno qualcosa i curatori delle sue Œuvres politiques in dieci tomi (Bruxelles, POLE NORD, 1989-1995) di cui il presente volume costituisce un degnissimo estratto. La scelta di appoggiarsi al POLE NORD, associazione di ricercatori belgi che si è sobbarcata le spese di edizione, la dice lunga sull'assenza di interesse da parte degli editori e degli organi ufficiali. Sono fioccati ordini dal Giappone, dalla Gran Bretagnan dalla Svizzera, dall'Italia e dalla Germania e ifrancesi sono rimasti a guardare : Marat è talmente ostico da scoraggiare progressisti e liberali e una ricerca di nesso tra il suo pensiero e quello di Rousseau viene recepita, all'interno del quadrilatero, come provocazione blasfema.

Charlotte Goëtz e Jacques De Cock non si sono comunque persi d'animo, restituendoci nella sua integrità la voce di un uomo, che più che mettere in atto la rivoluzione l'ha messa in parola. E sulla base del loro immane sforzo che gli scritti di Marat possono aprirsi a una grande tradizione rimossa del pensiero politico francese, quella va da Montaigne e La Boétie a Montesquieu e Rousseau, quella che rispetta i deboli e rifiuta de conferire a uno Stato di Diritto l'autorità di legiferare su tutto, quella infine che considera che senza opportune cautele la Francia, che ha vissuto il dispotismo per più secoli, finirà per apparire, agli occhi stupiti del mondo, come il principale paese di cultura e di propagazione del dispotismo internazionale.

Les Chaînes de l'Esclavage, confrontate alle Chains of Slavery, permettono di accedere correttamente alle idee prerivoluzionarie di Marat, di misurarne valore et durata. Esistono tra i due documenti bontinuità e rotture. Nella versione francese il plano primitivo dell'opera è integralmente rispettato e per cosi dire purificato, visto che la critica della Costituzione inglese è rimandata alla fine, ricevendo una specie di investitura come trattato di filosofia politica. Ma si badi bene, avvertono opportunamente i curatori, passagi che sembrerebbero scritti dopo la rivoluzione, mostrano che Marat aveva già tratto insegnamento dalle precedenti rivoluzioni, mentre testi più desinvolti e più teorici risalgono al 1792. Di questo rischio non si è curato Michel Vovelle, che nella sezione Marat avant la révolution dei suoi Textes choisis (Editions sociales, 1963) utilizza l'edizione del 1793 delle Chaînes de l'Esclavage, riproducendo senza scrupolo alcuni passi che non figurano nella versione inglese del 1774. Che si dia il benvenuto al testo a fronte!
(Marisa Ferrarini)

 

Jean-Paul Marat
Les Chaînes de l'Esclavage - The Chains of Slavery
Présentatin par Charlotte Goëtz et Jacques De Cock
Le Monde diplomatique - France - avril 1995 (extrait)

Cette édition bilingue d'un des classiques des Lumières reprend le texte anglais tel qu'il fut d'abord publié à Londres en 1774 et la version française qui ne vit le jour qu'en 1793. Comme le souligne l'introduction, «il existe entre ces deux documents et continuité et rupture» et leur confrontation nous permet de suivre l'évolution de la pensée de celui qui fut l'un des plus brillants pamphlétaires de la Révolution française. Jean-Paul Marat dénonce la tyrannie et les chaînes qui maintiennent les peuples en esclavage, une dénonciation qui garde des accents d'une étonnante actualité quand il évoque la corruption, la justice, les interventions armées. Si les gouvernants «parlent de démocratie, ironise-t-il, c'est pour représenter le peuple toujours prêt à se livrer aux discours séditieux de quelques orateurs intéressés à le tromper».
Deux siècles plus tard, la dénonciation du «populisme» est l'expression de la même peur du peuple par les classes dirigeantes.
(Alain Gresh)

 

Chantier « Marat 5 »
Marat en entier et plus que Marat
Vrais et faux journaux de l'Ami du peuple à la Bibliothèque de Lunel
par Claudette Fortuny
Centre d'étude du XVIIIe siècle - CNRS - Montpellier - 1996

L'étude que Claudette Fortuny a consacrée à l'extraordinaire recueil Marat de la Bibliothèque de Lunel se rattache à un projet et aussi à une certaine tradition intellectuelle, qui remontent aux origines mêmes du Centre d'étude du XVIIIe siècle de Montpellier, créé il y a un peu plus de vingt-cinq ans par Jacques Proust. Le projet était celui d'un Inventaire qui pût contribuer à rendre accessibles à la recherche des fonds régionaux d'imprimés anciens, d'une exceptionnelle richesse mais souvent à l'abandon.[...]

L'expérience aidant, plusieurs des idées qui avaient inspiré ces travaux avaient pris de la consistance au sein de notre équipe, bien qu'elles aient été longtemps peu familières aux spécialistes de littérature moderne : l'intérêt de prendre en considération l'ensemble de la production imprimée, et notamment de la presse périodique, et surtout les multiples enseignements à tirer de l'analyse des supports matériels de l'écrit, pour qui tente d'éclairer les conditions de sa production et de sa communication.

A cet égard, le travail de Claudette Fortuny conduit de manière particulièrement démonstrative les études techniques jusqu'à des résultats qui permettent d'évoquer l'existence quotidienne, pleine de mouvement et de fureur, d'une entreprise de presse à l'époque révolutionnaire.
(Georges Dulac)


Chantiers « Marat 7 et Marat 8 »
Marat en famille - La Saga des Mara(t) I et II
par Charlotte Goëtz
Dix-Huitième siècle - Paris - 2002

Cette enquête passionnante révèle de nombreux documents inédits écrits ou iconographiques. Dans le sillage de la famille Mara (on sait que c'est Jean-Paul qui a ajouté le t lors de son premier séjour londonien), nous sommes entraînés de Sardaigne à Genève ; puis vers Neuchâtel, de nouveau à Genève, tandis qu'un des fils s'en va vers la France, un autre en Russie, à Saint-Pétersbourg, sans parler des enfants qui resteront en Suisse. Bref, le tribun de L'Ami du Peuple a eu une famille normale, ce qui devrait aller de soi si de nombreux pamphlétaires, que l'auteur cite largement, n'avaient pas imaginé on ne sait quels monstres enfantant le publiciste honni... Mais de plus, ce n'est pas un personnage indifférent que ce père qui avait d'abord été un moine dans sa Sardaigne natale, et un enseignant à ce titre. Son retour à la vie civile et sa conversion au protestantisme ont été provoqués par des conflits de préséance et de droits entre son ordre et les autorités, y compris des rivalités âpres entre ordres religieux eux-mêmes. En Suisse où, après sa conversion, il va pouvoir se marier, il mène une existence d'intellectuel, en relation avec la Société Typographique de Neuchâtel - celle qui s'est occupée d'imprimer la 3e édition de Raynal, rappelons-le (bien qu'il n'en soit pas question ici), faisant notamment des traductions de l'espagnol. Précisément, un des apports de cette recherche, c'est la publication de 18 lettres de Jean Mara à Ostervald, un directeur de la Société Typographique, données ici en transcription, mais aussi en photographie. Un autre chapitre non moins révélateur concerne le frère de Marat, David, et sa longue vie en Russie. Il est assez émouvant d'en découvrir un portrait au dessin par Pouchkine. Bref, un travail utile et rigoureux, enrichissant, et qui, de surcroît, se lit comme un roman.
(Yves Bénot)


Chantiers « Marat 7 et 8 »
Marat en famille - La Saga des Mara(t) I et II
par Charlotte Goëtz
Histoire de l'Education - Institut national de Recherche pédagogique - Paris, 2001

Cette investigation dans les archives - sardes, suisses, russes - présente, pour l'historien de l'éducation, un intérêt non prémédité et tout à fait collatéral, mais fort précieux, à notre sens. Elle témoigne en effet de la présence protéiforme de l'éducation comme activité professionnelle exercée par des individus aux statuts les plus divers, à titre occasionnel ou permanent, principal ou accessoire. Juste avant que se mettent en place les systèmes éducatifs nationaux et leurs armées de fonctionnaires, l'exercice d'une activité enseignante se révèle comme un moyen tout à fait ordinaire de gagner sa vie parce que, dans l'Europe développée du XVIIIe siècle, la demande éducative est si forte, et porte sur des objets si nombreux, que ceux qui se sont constitué un quelconque capital de connaissances peuvent trouver dans l'enseignement un «débouché», comme le dit un néologisme du début du siècle, révélateur par lui-même des perspectives de gains, petits ou grands, qu'offre de plus en plus massivement la possession d'un savoir. Qui plus est, le hasard de la biographie des trois Marat met bien en lumière la dimension européenne de ce marché éducatif, avant que la création des systèmes nationaux ne le segmente durablement.
(Pierre Caspard)


Chantiers « Marat 7 et Marat 8 »
Marat en famille - La Saga des Mara(t) I et II

par Charlotte Goëtz
Cahiers d'Histoire, Paris, 2001

Sous la conduite de Jacques De Cock et de Charlotte Goëtz, les éditions POLE NORD de Bruxelles ont entrepris depuis 1989, la publication «d'ouvrages de et sur Jean-Paul Marat» établissant une édition en 10 volumes de ses Œuvres politiques, 1789-1793, poursuivie de 1989 à 1995, en même temps qu'une collection «Chantiers Marat» en 8 volumes composés de différentes études concernant Marat, échelonnés de 1990 à 2001.
L'un deux, dû à Charlotte Goëtz, publié en 1990, s'attachait au père de Marat ; rapidement épuisé, il est repris ici sous une forme élargie. L'objectif recherché «était de redonner une famille, sa famille, à J.-P. Marat, en lui restituant d'abord un père réel, afin de mettre un terme aux erreurs et errances sur son milieu d'origine» alors que «les idées fausses sur Marat parasitent aussi bien son parcours politique que sa vie privée et familiale» (avant-propos du tome 1, p. 1). Pour cela, l'auteur s'est livré à une quête assidue de documents authentiques, d'ailleurs toujours à poursuivre, dont une annexe au t. 8 «restitue leur approche» et dont un grand nombre est reproduit en fac-similé.

A partir de sources archivistiques multiples, des Archives épiscopales de Cagliari à la Bibliothèque nationale de Saint-Pétersbourg en passant par diverses archives helvétiques, Charlotte Goëtz retrace les origines sardes et la carrière ecclésiastique du père de Marat, Jean Mara, pédagogue, «lettore de arte», de l'ordre de la Merci, puis sa rupture avec l'Eglise sarde et son départ pour Genève où il se convertit au calvinisme et épousa une protestante d'origine française, avant de s'établir dans la principauté de Neuchâtel, pour revenir finalement à Genève. Neuf enfants lui étaient nés, dont deux firent carrière à l'étranger, auxquels l'auteur s'attache particulièrement dans le tome 8. Jean-Paul, bien sûr, mais aussi David, qui, sous le nom de de Boudry, s'installe en Russie en 1784, exerçant notamment le métier de précepteur et de professeur, en particulier au Lycée impérial de Tsarskoïé-Sélo où il eut, entre autres, Pouchkine pour élève... Malgré cette dispersion, des liens furent maintenus entre les membres de la famille ; c'est ainsi qu'une sœur de Jean-Paul vint à Paris après l'assassinat de son frère pour soutenir la veuve de celui-ci, Simonne Evrard, et partager avec elle la défense de sa mémoire. Ainsi, grâce à ce recours - ce retour - aux sources immédiates, le «filtre de la légende noire (de Marat) disparaît et avec elle l'image d'une famille pathologique».
(Maurice Genty)


Chantiers « Marat 9 et Marat 10 »
« Plume de Marat » - « Plumes sur Marat »
Pour une bibliographie générale
par Charlotte Goëtz
Trienio - Revista de Historia - Madrid - novembre 2006

Après de longues années consacrées à l'étude et aux travaux d'édition concernant la personnalité politique de Marat, Charlotte Goëtz et ses compagnons de l'association POLE NORD ont considéré que le moment était venu d'éditer la bibliographie actualisée de et au sujet de ce grand protagoniste de la Révolution française, en la resituant à partir des ancrages scientifiques qui précèdent cet événement. L'idée est de rendre accessible au lecteur tout ce que Marat a écrit et tout ce qui a été publié à son sujet depuis son époque jusqu'à nos jours. Afin que personne ne reste dans l'impossibilité d'accéder à un quelconque texte «maratien» qu'il n'aurait su où trouver. Ceci ne veut pas dire que l'on sache tout sur Marat : les dernières années ont été fécondes en découvertes, mais cette fécondité laisse justement espérer d'autres trouvailles. C'est pourquoi plusieurs pages, à la fin du premier volume, sont dédiées à de «nouvelles notations».
Dans l'introduction, l'auteur nous informe que le niveau de connaissances atteint à propos des textes originaux de Marat est dû à l'effort de nombreuses personnes, desquelles se détache François Chèvrement qui a consacré cinquante années de sa vie à travailler sur Marat et a, en 1898, confié une partie de ses documents à Georges Pilotelle. Chèvremont a publié des livres importants, copié à la main beaucoup de documents....La bibliographie rend compte de l'endroit où sont déposés ses livres, ses manuscrits, les originaux et les doubles, et tout ce qui fait référence à son travail.

D'autres auteurs ont prolongé ce travail, puis est arrivé le bicentenaire de la Révolution française, les apports de POLE NORD et de la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, où les archives de POLE NORD ont été déposées. Un fait historique fondamental est la découverte en Ecosse par les chercheurs de POLE NORD, en 1990, de la collection des journaux de Marat corrigés par lui-même, lesquels, achetés par l'Etat français, se retrouvent maintenant à la Bibliothèque nationale.

Avant d'être écrivain, Marat s'est occupé de questions philosophiques, scientifiques et de type médical. Connaître ces travaux nous aide à situer l'homme dans son époque et à chasser une vision linéaire, une image rectiligne, illustrant une marche en avant d'un progrès, idéalisé, inéluctable. Marat, et Newton avant lui, vivaient leur époque comme des périodes d'essais, de retours en arrière, de découvertes aussi, suivies de nouvelles interrogations.

Une partie des chercheurs de cette époque - et Marat parmi eux - explore les éléments fluides : le feu, la chaleur, la lumière, l'électricité. Très tôt, Marat s'oppose méthodologiquement au matérialisme de son temps, Helvetius, D'Holbach, les physiocrates, il rejette la moquerie de Voltaire et l'indifférence de Condorcet, échappe au mesmérisme qui attire tant Jean-Pierre Brissot. Le déterminisme des uns, le sceptiscisme et le mysticisme des autres l'irritent mais il finira par renoncer à un débat qu'il ne noue qu'avec lui-même. Le Marat prérévolutionnaire suscite l'intérêt : son admiration pour Newton dont il a traduit L'Optique, attire l'attention ; ses critiques et ses apports en ophtalmologie et en médecine préventive sont estimés. Mais la dichotomie entre l'homme de sciences et le politicien persiste, ce qui porte préjudice à la dynamique de l'ensemble.
La connexion méthodologique apparaît clairement quand on étudie l'évolution entre deux moments d'une de ses œuvres capitales : The Chains of Slavery , de 1774 et Les Chaînes de l'Esclavage, de 1793. Marat publie The Chains, œuvre politique, au même moment que d'autres travaux à caractère scientifique. Dans les deux cas, Marat situe le problème, signale les carences et les contradictions et tente d'aller plus avant. Dans The Chains, l'esclavage des peuples n'est pas basé sur la violence des gouvernants, mais bien sur un processus lent et insidieux qui les fait renoncer à la liberté et préférer la soumission. Pour cela, la réflexion se centre sur la «servitude volontaire» à laquelle s'ajoute celle des moyens à employer si un changement subit de la situation permettait de sortir de la dépendance.
Marat apparaît comme un Machiavel, qui investigue toutes les formes d'assujettissement, toutes les ruses des puissants pour masquer leur domination, mais il s'agit d'un Machiavel qui s'adresse directement au peuple.
Le développement de la Révolution l'amène dans Les Chaînes à considérer d'autres questions : Le mal s'enracine dès le moment où les peuples, même dotés d'une bonne Constitution, cessent d'être vigilants quant à sa mise en œuvre et délèguent, les yeux fermés, la défense de leurs droits. Seule est libre une Nation qui conserve sa souveraineté, qui est capable de punir son propre gouvernement et qui le surveille tout le temps.

Ainsi arrivons-nous au Marat journaliste qui choisit ce rôle précisément pour combattre la contre-révolution. Sa formule est de constituer le «souverain», en même temps qu'il contrôle «l'exécutif». Ces idées, Marat les a exprimées dans une multitude de textes que nous connaissons de mieux en mieux. Et la présente bibliographie essaie de résoudre ce problème : où et comment y avoir accès ? Elle commence par les œuvres philosophiques, médicales et scientifiques publiées du vivant de Marat (1772-1788).
Que l'on comprenne bien : ce qui est apporté ici est la description bibliographique de chacun des titres de Marat, les éditions postérieures et traductions, ainsi que les principales bibliothèques où on les trouve dans le monde. Suivent les comptes-rendus, articles, annonces dans la presse du temps et la correspondance, une des parties les plus intéressantes, en définitive, parce qu'elle nous donne des références très difficiles à trouver ailleurs. Je signalerai que dans cette partie se situe le projet de Marat d'émigrer en Espagne en 1783, projet étayé sur la correspondance avec Roume de Saint Laurent.

Une autre partie est consacrée aux œuvres politiques (1774-1793) : dans celle-ci sont inclus, avec une extraordinaire précision, les journaux publiés par Marat. Figurent dans cette section les lettres et proclamations de Marat qui se réfèrent à ces journaux, et signalée l'existence des faux numéros. Cette section se termine par le relevé chronologique des interventions de Marat à la Convention, aux Jacobins et dans d'autres lieux.
Commence alors la section : «Marat vu par ses contemporains». Le tome I rend compte des feuille volantes, écrits occasionnels et imprimés du XVIIIe siècle, aussi bien ceux qui sont signés par leur auteurs que ceux qui paraissent sous un pseudonyme ou anonymement. Dans cette section, on trouve la référence précise aux Œuvres Politiques de Marat publiées en dix volumes par Jacques de Cock et Charlotte Goëtz, Bruxelles, POLE NORD, 1989-1995.

Le second tome « Marat 10 » se divise en VI chapitres : le I comprend la liste alphabétique des auteurs dont les œuvres se réfèrent à Marat, à ses travaux et à ses proches.
La bibliographie de François Chèvremont présente un intérêt spécial (voir plus haut) avec les listes alphabétiques de ses manuscrits et la chronologie de la correspondance tenue à leur propos, et une troisième liste alphabétique des documents et copies manuscrits de documents imprimés, y compris les articles.
Le II donne la liste alphabétique des textes qui comportent des chapitres, informations ou citations au sujet de Marat, avec des commentaires pertinents quand ils sont nécessaires.
Le III est consacré à l'assassinat de Marat et à Charlotte Corday.
Les paragraphes IV, V et VI nous réservent une agréable surprise.
Le IV propose une liste chronologique de la littérature qui concerne le tableau de Jacques-Louis David Marat assassiné, avec des références complémentaires sur ce peintre et l'Histoire ; le V, des listes chronologiques, classées par langues, de l'élaboration de l'œuvre théâtrale de Peter Weiss et du film Marat-Sade de Peter Brook ; et le VI, la liste alphabétique des œuvres, articles et informations relatifs à la pièce de Peter Weiss et à Marat/Sade.

Cet effort immense (plus de 3.000 références) s'accompagne de nombreuses illustrations et fac-similés, très judicieusement sélectionnés. Je ne crois pas qu'il soit utile de dire pour terminer ce compte-rendu que nous sommes devant l'œuvre fondamentale sur Marat, conçue à grande échelle, dans une typographique soignée, sans luxe inutile, mais avec une ambition scientifique légitime.
(Alberto Gil Novales)